Peace Park - Rencontre avec le réalisateur David Bouthillier




À travers l’initiative de la création du Quartier des spectacles, la SAT déménageait en 2004 sur St-Laurent en prenant comme nouveaux voisins le Monument-National, le Club Soda et... la place de la Paix. Le parc existe depuis 1994 et est souvent habité par des skaters, y trouvant un lieu parfait pour pratiquer leur sport, ou par des sans-abris, surnommés “lifers”, y ayant fait leur domicile.

La SAT organise depuis déjà quelques années des projections à la belle étoile dans le parc, c’est dans le cadre de ces rencontres entre cinéphiles, mélomanes et gourmands que David Bouthillier présentera (en collaboration avec PRIM ce jeudi 29 août à 21h) son documentaire Peace Park. Nous avons rencontré l’auteur là où il a passé les 18 dernières années de sa vie à skater, mais aussi à filmer la vie qui l’entourait, pour lui poser quelques questions sur ce premier visionnement "In Situ", véritable parachèvement de circonstance à la place de la Paix!

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Q : Sur quoi poses-tu ton regard à travers Peace Park?

R : Le documentaire rassemble beaucoup d'histoires qui ont eu lieu dans le parc: de l’histoire du quartier entourant la Main et de celles des sans-abris qui finissent par s'établir ici, mais ça parle aussi de l’avarice corporative et de la corruption qui nous entoure.

Le problème, c’est qu’à force de tourner ici pour nos démos de skate, on finissait toujours par être témoin d’une bagarre, alors je filmais au cas où les images pourraient servir par la suite. Au fil du temps, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de matériel, des dizaines d'heures d’altercations et de “vie” dans le parc. C’est là où j’ai commencé à me renseigner sur les démarches à suivre pour en réaliser un film, un peu comme si je me sentais obligé de dénoncer ce que je voyais en l’exposant au reste de la communauté.


Q : Le documentaire a comme point central la place de la Paix, mais il traite de nombreuses problématiques de notre réalité urbaine. Pour qui as-tu réalisé ce film?

R : Certaines personnes pourraient penser que le film n'est pas pour eux avec ses images crues et son contenu parfois violent ou dégradant, mais je crois vraiment qu'il offre quelque chose pour chacun.

Les plus jeunes pourront s'identifier à travers la culture urbaine du skate et celle du graffiti. Le film peut aussi être présenté pour des études de cas comme la planification urbaine ou dans le cadre de cours traitant de problèmes sociaux et de la marginalisation. D'autres pourront simplement apprécier redécouvrir l'histoire de Montréal sous un nouvel angle en tant que première “Sin City”.

Q : As-tu eu du mal à traiter avec le contenu du film pendant le tournage?

R : Je me sens maintenant désensibilisé à la violence et au théâtre quotidien de la rue dont j'ai été témoin, mais il y avait des moments où je me sentais comme si je tenais toute la charge négative du parc sur mes épaules et ça demandait énormément. J'ai dû arrêter d’enregistrer et de visionner mes rushs pendants quelques semaines tellement le sujet pouvait parfois devenir lourd.


Q : Qu’as-tu appris à travers ce tournage?

R : Honnêtement, je pense que la chose la plus intéressante n'est pas ce que j'ai appris, mais combien j'ai appris. Faire ce film m'a aidé à grandir en tant qu'individu. J'ai acquis un sens de la communauté et j'ai appris ce que signifie être un membre de la société. Skater, vivre et partager la réalité de la place de la Paix m'a donné un sentiment d'appartenance, depuis j’ai changé mon attitude et mes habitudes de vie, je ne me sens plus en marge du tout.

Q : Penses-tu que ton documentaire porte un regard impartial sur la réalité de la place et de la ville?

R : J'ai voulu y présenter les deux côtés de la médaille, les informations contenues dans le documentaire proviennent d'entrevues et de recherches exhaustives. L'approche de la ville à l’endroit du Peace Park a été jugé inadéquate par plusieurs dès sa création. Les quelques personnes interrogés dans le film s’entendent pour dire que nous avons trop souvent ignoré les problèmes qui s'y sont développés. Certains policiers du quartier nous parlent eux-mêmes du manque de support disponible, la place de la Paix me paraît parfois réellement laissée à elle en plein coeur centre-ville.


Q : Ce film est né de l’intention que tu avais de produire une vidéo promotionnelle de skate dans l'espoir de devenir pro, l’es-tu finalement devenu?

R : Tout juste avant que le film soit montré comme “travail en cours” dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, Barry Walsh, le premier skateboarder professionnel de Montréal, m’a signé avec Urban Ambush qui était sa compagnie à l'époque. J'ai toujours pensé que je ferais la fête le jour où ça arriverait, mais le film m’a rendu humble à travers les années.

Q : Comment as-tu réussi à produire le film avec aussi peu de moyens au départ?

R : Quand j’ai réalisé en cours de tournage que je voulais réellement faire ce documentaire, j’ai appliqué pour des bourses au Conseil des arts du Québec et au Conseil des arts du Canada et j’ai reçu le maximum possible! J’étais vraiment content, mais vu les coûts et les besoins liés à la production d'un documentaire, j’ai aussi eu un support important de PRIM qui m’a aidé à pouvoir terminer le film.

Plusieurs personnes qui m'entouraient m'ont aussi beaucoup donné. Les principaux partenaires et commanditaires de l’évènement de jeudi me permettent par exemple de tenir une compétition de skate (avec prix) et une épluchette de blé d'Inde pour tous, une bonne façon de pouvoir redonner à la communauté du parc.


Cette première clôturera la programmation estivale des soirées de projection dans le parc. Redécouvrez-y le quartier à travers les images incisives et sans demi-mesure de David sur le quotidien et les violences de la place de la Paix. Brute d’emblée, le documentaire se révèle au final avec vérité en nous poussant, à notre tour, à poser un regard neuf sur notre environnement urbain.

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