SAT Fest 2013 - Rencontre avec VJ Ma''




La Satosphère accueille jusqu’à vendredi la plus récente édition du SAT Fest , une sélection des meilleures oeuvres immersives créées à la SAT et certains de nos coups de cœur internationaux. Pour cette "cuvée 2013", les créateurs ont encore une fois su réinventer les limites de l’inventivité immersive en nous proposant une série de onze tableaux exploratoires sous la voute du dôme. Marion Carrassou-Maillan (ou simplement Ma”) est une jeune artiste visuelle au parcours impressionnant ayant réalisé Trajectoires : Deep Water, l'un des court-métrage sélectionné au programme.

Forte d’une expérience internationale, cette figure de la nouvelle vague de VJs montréalais laisse sa marque. Vous avez probablement déjà vu son travail à l’Igloofest, au Festival de Jazz de Montréal, durant le dernier C2-Mtl ou encore au festival MUTEK. Nous l’avons rencontré pour en apprendre un peu plus sur ses créations et ce qui l'a menée à se lancer au coeur de l’image.

Q : Peux-tu nous présenter ton parcours, comment es-tu devenue VJ?

R : J’ai démarré par des études en art puis j’ai bifurqué en graphisme pour finalement revenir en beaux-art. À Marseille, dans ma ville natale, j’ai participé à un atelier qui s’appelait “Espace Scénique” et j’ai commencé à y faire des photogrammes et à les animer. C’est là que j’ai fait du VJing pour la premières fois sans même savoir que ça s’appelait comme ça! Pour moi, c’était juste un moyen d’expression artistique. Un jour, j’ai rencontré des gens qui m’ont dit: “[Ce que tu fais] ça a un nom. C’est une discipline. Ça s’appelle du VJing et nous aussi on en fait. On a un collectif, viens donc avec nous!”. J’ai donc intégré ce collectif et on a commencé à collaborer sur des événements musicaux et des fêtes en Europe. En 2003, on a créé un forum en ligne pour se parler entre VJs francophones et on a réalisé qu’il y avait beaucoup d’intérêt pour la pratique.


Q : Comment cette "nouvelle communauté" de créateurs s'est développée?

R : Pour appuyer notre volonté d'étendre nos connaissances et de pousser le VJing encore plus loin, on a mis sur pied une résidence de VJ en proposant de venir une semaine avec nous dans un grand hangar. L’idée c’était de faire un atelier, mais surtout d’enfin se rencontrer puisqu'on était tous seuls chacun de notre côté. C’était une époque où la profession commençait à peine à exister et tout le monde se sentait un peu marginal et isolé. À la limite, il fallait simplement se créer une base commune pour ensuite évoluer ensemble. Après cette expérience, je suis allée vivre un an en République tchèque et, peu de temps après mon retour en France, je suis partie pour le Québec. Ça fait maintenant sept ans que je suis ici!

Extrait de Trajectoires : Deep Water dans la Satosphère

Q : De fil en aiguille, comment as-tu fait ta place à Montréal?

R : Mon premier boulot à Montréal à été au Festival de Jazz pour Cinematic Orchestra et j’ai vraiment flippé pendant quatre jours avant le show. Je me disais: “oh mon dieu, je vais jamais réussir à le faire”. Hormis pour Bande à part, où j’ai bossé durant trois ans à faire du montage live pendant les émissions radiophoniques, je suis toujours restée dans l’éphémère et j’ai toujours laissé mes envies guider mon travail.

Avec des amis à l’époque, on organisait aussi des partys underground en ville et les gens responsables de l’Igloofest et du Piknic Électronik m’ont remarqué. Je les avais rencontrés en travaillant pour Bande à Part, et du coup je travaille maintenant en programmation et coordination avec eux. Un contrat en a amené un autre, puis un autre, jusqu’à ce qu’on me fasse plus confiance et qu’on me laisse plus de liberté pour créer.


Q : Parce que la question est inévitable : Comment as-tu été perçue au début dans un milieu "technophile" principalement masculin?

R : Quand je suis arrivée dans le milieu du spectacle, qui est soit dit en passant assez macho, il a fallu que je sois un peu "bourrine" pour faire ma place. Puis, petit-à-petit j’ai arrêté mon jeu pour laisser parler mon travail ce qui a été bénéfique à long terme.

Extrait de Trajectoires : Deep Water dans la Satosphère

Q : Qu’est-ce qui t'influence, t'inspire?

R : La musique m’a toujours inspirée. C’est vraiment pour moi la base de cette pratique. J’ai toujours beaucoup ressenti la musique, mais toujours eu envie de l’exprimer autrement. Dans mon cas c’est par les visuels, mais ce rapport image/son m’a toujours intéressé. J’ai des moyens d’expressions visuelles qui sont les miens. Il y a aussi tout le rapport à l’urbain, la nature, le clair-obscur, les gros contrastes, les choses très abstraites et très graphiques (à l’opposé de la matière) en plus de tout ce qui touche au code informatique.


Q : L’esthétique de ton film pour le SAT Fest est très organique et minimaliste, parles-nous un peu de Trajectoires (version immersive) et des concepts clés derrière l’image.

R : Dans cette nouvelle version de Trajectoires on parle des états physiques de l’eau. Pour le projet, l’important c’était de purifier les choses. On purifie à mort! Dans le film, j’ai abordé les différents états (solide, liquide, gazeux) de manière à ce que ce soit un tout indissociable.


Q : Comment en es-tu venue à produire du contenu pour le dôme?

R : À l'origine, Trajectoires était une prestation live de 30 minutes sur surface plane développée en collaboration avec The Gulf Stream (Ivann Uruena et Jérôme Guilleaume) qui faisait la musique et moi qui fournissait les visuels. Après la fin de notre tournée en Europe on se demandait comment on allait faire pour que ce projet continue à vivre et le proposer pour la Satosphère semblait une excellente idée. Travailler dans un dôme versus un écran plat ça change tout. On a rencontré Louis-Philippe [St-Arnault] et il était partant. Ensuite j’ai adapté le contenu et nous voilà!


Plus de détails à propos du SAT Fest 2013
Voir le site officiel de VJ Ma"