
Certaines collaborations commencent par un plan. D’autres, par un détour. C’est ainsi qu’a débuté le maillage entre le Département de design de l’ÉTS et la SAT. À l’origine, une demande ponctuelle portée par Véronique Paradis, directrice de l’innovation et de la formation : le projet In/Visible nécessitait une expertise en accessibilité. Une réponse simple, presque circonstancielle : évidemment qu’on veut travailler avec le Laboratoire vivant en immersion de la SAT ! Puis, très vite, quelque chose d’autre est apparu; il est devenu évident que les conditions étaient déjà réunies pour que deux dynamiques — la production immersive et la recherche en design — entrent en résonance.
L’engouement pour les expériences immersives ne cesse de croître. Réalité virtuelle, environnements interactifs, dispositifs sensoriels : les formes se multiplient, les promesses aussi. Mais derrière cette expansion se profile une question essentielle : pour qui ces expériences sont-elles réellement conçues ? L’accessibilité, dans ce contexte, ne peut se réduire à une couche ajoutée en fin de parcours. Elle engage une réflexion plus profonde sur ce que signifie « faire expérience » dans des environnements où les repères perceptifs, cognitifs et corporels sont intensifiés ou dilués. Travailler sur l’accessibilité en immersion, c’est interroger les fondements mêmes du design de ces expériences.
C’est aussi, paradoxalement, un puissant moteur d’innovation.
Pour les étudiant·e·s et chercheur·euse·s de l’ÉTS, collaborer avec la SAT, c’est accéder à bien plus qu’un lieu. C’est entrer dans l’un des écosystèmes d’expériences immersives les plus riches au Québec. Un espace où les idées prennent forme rapidement, où les contraintes techniques ne sont pas théoriques, mais vécues, où la création se confronte au réel. C’est aussi travailler aux côtés d’une équipe profondément ancrée dans la pratique, qui a le potentiel d’agir comme mentors pour nos étudiant·e·s. Une présence inspirante, exigeante, qui rend tangible ce que signifie créer dans un contexte professionnel. À travers la SAT, c’est tout un réseau vivant d’artistes, de technologues et de concepteur·rice·s qui devient accessible.
De son côté, le Département de design de l’ÉTS s’inscrit dans cette collaboration comme un espace de recherche, d’exploration et de renouvellement. Là où la production impose souvent des temporalités rapides, nous avons plus de temps à mettre sur des segments plus pointus des sujets de nos recherches communes. Nous constituons également un réservoir de relève : des étudiant·e·s engagé·e·s, curieux·ses, prêt·e·s à expérimenter. À cela s’ajoute un accès à un réseau élargi de chercheur·euse·s et de ressources, notamment à travers le ÉTS Design Lab, qui permet d’aborder des enjeux que les équipes de production n’ont pas toujours le luxe d’explorer en profondeur.
Cette collaboration prend forme au moment même où se structure le pôle accessibilité de l’ÉTS Design Lab. Ce pôle s’intéresse à l’accessibilité non comme une contrainte, mais comme un levier de transformation des expériences immersives. Il réunit des approches variées, allant de la recherche appliquée à la recherche-création.
Parmi les projets en cours, les travaux de Milena Lamoureux explorent l’accessibilité des environnements immersifs pour les personnes neurodivergentes, tandis que Louis-Pierre Chouinard développera une recherche connexe à la maîtrise. D’autres initiatives, comme celles portées par le Collectif de la femme rouge (Catherine Deléan et Manon Charlebois) ou Ali Khiri, viennent enrichir ce champ par des démarches ancrées dans la création. Cette diversité de perspectives permet d’aborder l’accessibilité comme un terrain à la fois technique, sensible et culturel.
Au fil des projets, on vise à ce qu’une dynamique s’installe : que la recherche nourrisse la création, et que la création mette la recherche à l’épreuve. Les expérimentations menées à la SAT permettent de tester des hypothèses en conditions réelles, tandis que les travaux issus de l’ÉTS Design Lab contribueront à reformuler les enjeux, à faire émerger de nouvelles questions. Cette relation ne repose pas sur un transfert unidirectionnel de savoirs, mais sur une synergie, une coévolution continue.
Rendre les expériences immersives accessibles, ce n’est pas seulement permettre à davantage de personnes d’y accéder. C’est transformer ce que ces expériences peuvent être. C’est concevoir des environnements plus attentifs aux différentes manières de percevoir, de comprendre et d’habiter le monde. C’est élargir le champ des possibles, pour les créateur·rice·s comme pour les publics.
La collaboration entre l’ÉTS et la SAT s’inscrit dans cette perspective : un espace de rencontre où se redéfinissent, ensemble, les contours de l’expérience immersive.
